Vendredi 20 MARS matin

VENDREDI 20 MARS

13) - Intervention de Christophe Probst, association "Terre et Humanisme"

Présentation parcours personnel et professionnel

Né en Alsace, fils d'agriculteur bio dès les années 1970 (maraîchage et quelques animaux) ; LA de Rouffach ; BTS ; DEA en environnement ; thèse commencée en antropologie sociale ; travai dans le monde associatif environnementaliste ; qq années au CEP Florac (Centre d'Expérimentation Pédagogique ; agriculture et développement durable) ; installation agriculteur en 2008 dans les Cévennes.

900 mètres d'altitude.
200 à 250 ruches ; 50 brebis ; 6-7 vaches ; anes, poules, lapins...
=> Au-delà de l'aspect productif, cherchait à se nourrir lui-même. Aujourd'hui autonomie en viande.
=> Revenu = vente de l'excédent en miel + aides agricoles


Raison de l'installation en agricutlure ?

1999 : au Paraguay ; plusieurs populations indiennes ; travail sur le développement et la préservation de l'agriculture dans le secteur.
Populations de chasseurs-cueilleurs il y a peu de temps. Obligés de développer l'agriculture car diminution des surfaces en forêt (accaparement des terres par les multinationales + vente de semences, pesticides...)
Un indien lui a demandé "Y-a-t-il des indigènes dans ton pays ?"
> Réflexion sur son "indigénité", sur la dépendance de notre identité à l'Histoire.
L'Histoire européenne repose sur les populations paysannes et pourtant se répète les phénomènes de rejet et de persécution de ces personnes (populations païennes très proches de la nature et des propriétés mais persécutés par le pouvoir religieux, persécution des sorcières, gros des troupes 1ère guerre mondiale + la PAC a fini de faire (presque) disparaître les paysans).

Pourquoi les Cévennes ?

Et pas dans une zone "facile" comme l'Alsace ? J'ai souffert de la dégradation de mon territoire qui était composé de vergers, de zones humides, de prairies....

> Pour la qualité de vie
"Mon pays n'a pas été détruit par des machines mais par des idées (mythe du progrès, productivisme, capitalisme ...)"

Pour combattre ces idées, il fallait en trouver une autre.
A "Terre et Humanisme", j'ai trouvé une autre idée : replacer l'humain au contact de la nature ; par l'agroécologie, on cultive l'art d'être bien avec soi même, avec l'environnement, avec les autres (on ne peut pas être bien avec les autres si on n'est pas bien avec soi-même). Seuls, on n'est rien ...

Formations organisées par Terre et Humanisme

Entre autres, formation d'animateurs en agro-écologie --> se mettre dans le rôle d'animation, développer une pédagogie socio-constructiviste
--> 124 formés et 70 vraiment opérationnels.


Vous avez développé un outil de diagnostic (grille) ... + projet de partenariat avec la DRAAF Rhône-Alpes (formation de référents locaux pour l'agro-écologie)

Ce n'était pas l'objectif de Terre et Humanisme de devenir partenaire de l'enseignement et de la formation agricole, mais pour diverses raisons, le projet s'est lancé. Ce sont des outils qui sont destinés à être déployés.
--> possibilité de tester la grille dans les établissements qui le souhaitent, avec l'appui de T&H.

Roger : il sera possible de proposer des collaborations EA / animateurs de T&H et de présenter le réseau de référents.


Questions

Isa Brien (Basse Normandie - Le Robillard) : Pourriez-vous décrire un peu plus en détail la ferme (taille ...) et sa situation économique :
1 bâtiment d'élevage (300 m2) - base de la nourriture du sol (fumier/compostage pour vergers, jardins, prés ...)
50 ha de pâtures et landes ; 20 ha en état, le reste broussailles (d'où équins : contribuent à rouvrir ces milieux)
3 Mondes : animal, végétal, et de l'abeille
"Je vis comme un roi" ; "Je mange de bonnes choses, ma vue est belle" ; "Tout ce que je fais, je le fais avec plaisir"
Dégage 1 SMIC. Tout n'est pas facile (ex. du miel en 2014).
Autonomie chauffage, alimentation (ex : girolles avec oeufs d'oies). "Je me sens très riche dans mon univers".
15 à 20 h/semaine consacré à T&H actuellement.Rémunéré.

Samuel Quinton : T&H prêche-t-il la décroissance ?
non ; on essaye de ne pas prêcher ; on propose une alternative, une autre vision du monde. On se sent proches d'idées telles que la sobriété heureuse de Pierre Rabbi. Décroissance n'est peut-être pas le bon terme

Fanny Roger (Sartène) : niveau de dépendance au aides critère de l'AE ?
Si les agriculteurs sont aidés, c'est à cause de tout un système ; les produits alimentaires ne sont pas payés au bon prix ; les aides rémunèrent d'autres activités que la seule production agricole, l'entretien des paysages naturels, le maintien d'un certain paysage social aussi (ex de l'ICHN Indemnité Compensatoire de Handicap Naturel).
D'autres aides (aides à la production) sont inopportunes, elles vont au bénéfice des plus grands.
"Il faudrait passer de 1 à 2 % d'agriculteurs à 5 % de paysans"

Alain Daneau (Bergerie Nationale) Compte tenu de votre expérience de paysan et de formateur, quelle vision avez-vous de la formation agricole et du projet EPA ?
Bonnes idées au niveau national, mais au niveau local, les moyens nécessaires ne sont pas mis en place
Il ne faut pas que l'enseignement agricole résume l'agro-écologie à la technique : le changement humain est primordial (avoir compris quelque chose, avant de passer à l'action) et est un préalable au changement technique. Mais le changement humain n'a pas l'air d'être la priorité de l'enseignement aujourd'hui ... Quelle pédagogie mettre en place ?
=> Voir le livre d'Edgar Morin "Enseigner à vivre, manifeste pour changer l'éducation" (http://www.ecolechangerdecap.net/spip.php?)article397

Hugues de Framond (SRFD Auvergne) : être paysan selon T&H est-ce aussi possible en Beauce et en Alsace ?
Etre paysan est un état d'esprit, peu importe où l'on se trouve. C'est une autre vision du monde, c'est travailler en commun, travailler sur soi, améliorer sa relation avec l'environnement ... On est paysan quand on est conscient d'être partie intégrante d'un "pays", ce n'est pas être exploitant agricole.



14) Bilan et synthèse de la semaine : présenté par Béatrice Degrange, Roger Brouet et Sylvie Perget

cf présentation ppt

Points saillants de la formation : cf ppt
De nombreux points positifs, mais... : cf ppt
Quelques actions d'appui (PNF, espaces collaboratifs....)

Mais aussi

Temps d'échange :
--> le SNA non habilité pour cela ; c'est la DGER qui peut intervenir auprès des DRAAF qui diffusent vers les équipes de Direction... Qu'à déjà fait et va faire la DGER ?
Opportun d'inviter les représentants des proviseurs pour écouter ce qu'ils ont à dire et les sensibiliser.

- Emmanuel Bon : Les 2 interventions d'agriculteurs montrent que quand c'est clair dans sa tête, tout devient facile...
Des référents ont besoin d'outils et de séquences de base
> liste de foire aux questions à mettre en place.

- Patrick Mignon (DRAAF Midi-Py) : équipes de direction vraiment un sujet important. Vraiment les sensibiliser +. Associer les représentants de l'association des DEA/DAT

- Hugues de Framond (DRAAF Auvergne) : ce qui permet de faire bouger le +, ce n'est pas tant les contenus mais les relations qu'induisent entre tous ce type d'événements qui nous donnent envie d'avancer.


15) Intervention de Patricia Andriot (DGER/POFE)

Intervention pas simple car vous avez mis la barre très haut ! Ce qui c'est passé cette semaine est un moment rare par rapport à l'interrogation du système éducatif.
Intervention de Christophe : beaucoup de sensibilité et poésie. Définition entendue de l'AE : reconquête du pays, du territoire et des liens sociaux
Objectifs de la semaine : vous outiller. Comment s'outille l'AE telle que vue cette semaine ?
Mon intervention va pouvoir être frustrante ...

Toute la semaine placée sous la dialectique du cadre pédagogique.
Référentiel = guide et garant de stabilité en opposition avec ce qui a été vu cette semaine.

Quelques constats :
  • Etre paysan c'est un projet de vie et une relation éco-systémique. Ne pas le perdre de vue en formation (vs spécialisation). donc changement de posture dans le métier d'enseignant et dans l'accompagnement du métier.
  • Adhésion, forte motivation et envie de faire de votre part. C'est important pour POFE de s'en saisir.
  • En début de semaine "on vous demande de grands changements mais l'EA a les outils". Je ne suis pas aussi optimiste. Cela bouge en terme de références techniques (cf offre Educagri Edition par ex.). On est pas démunie en terme d'outil, de compétence d'animation (cf la semaine).
  • Ré-interroge aussi la question de l'orientation (projet de vie). Vers où veut-on amener l'apprenant qui arrive dans l'EA ?
  • La connexion entre pédagogie et contenus est indispensable.
  • Programme validé pas à pas par la DGER. Cette validation pas à pas (avec les contenus) est un message politique.
Les enjeux qui sont ressortis de la semaine, que POFE doit entendre :

  1. L'agro-écologie ne peut pas se contenter de maintenir un système dominant et des systèmes alternatifs et qui restent marginaux. Cela pose la question de la massifcation de la diffusion (il faut présenter tous les systèmes) et nous apprend qu'il faut sortir de l'opposition entre les systèmes !
  2. La question de la légitimité : quelle légitimité pour les référents, quel soutien de la part de l'appareil politique (même si tout ne dépend pas directement de POFE) ? Cela passe le cadre des référentiels, les NS, un accompagnement ... Tout n'est pas acquis, mais POFE doit l'entendre.
  3. L'expérimentation pédagogique : cela interroge la façon dont l'innovation se fait une place dans les politiques de formation.
  4. Demande forte d'outils de formation, d'outils d'action pour les référents (à nouveau, tout ne dépend pas de POFE). Ne pas se dire que les outils présentés cette semaine sont le bout du chemin, qu'il ne va rien se passer par la suite : il faut que cela soit relayé, certes par les référents en région, mais aussi par la formation / information des équipes par le niveau ministériel.
  5. Besoin de la mise en réseau : reconnaître ce besoin
  6. Cohérence entre les politiques publiques et les outils ? Il y a des questions et il faudra donner des signes (ex. cop21).


Les pistes actuelles, ce que POFE fait actuellement, et pourquoi il ne fait pas ce qu'il ne fait pas :

  • Les référentiels pour cadrer (+ les NS), qui ne sont pas entièrement écrits et validés par POFE (normal, un référentiel est l'expression d'un consensus social entre communauté éducative et professionnels agricoles). Donc, certes, l'agro-écologie est une autre manière de se représenter la pédagogie, mais les contenus enseignés sont quand même surveillés de près par la profession agricole. Il y a donc une situation de compromis, avec des moyens sur le terrain qui ne sont pas nécessairement suffisants.
  • Depuis plusieurs années, un choix a été fait de mobiliser la théorie de la didactique professionnelle pour orienter l'écriture des référentiels. Cela permet d'introduire de la diversité et des approches différentes dans la manière de mettre en oeuvre les référentiels.
  • Pour bouger, besoin de clarifier les cadres d'expérimentation pédagogique (une note de service va sortir)
  • Accompagnement nécessaire sur les contenus ; travail à la mise en place (avec des éléments du système national d'appui (SNA)) d'une formation-action pour accompagner des dynamiques collectives avec implication des référents, mais avec des moyens limités ...
  • Rénovation du bac pro pour introduire les enjeux de l'agro-écologie (avec crédits déjà prévus pour l'accompagnement de cette réforme, en collaboration avec les référents)
  • Cohérence entre les différentes politiques publiques : cela ne nous échappe pas. Notamment la question de l'EDD ; une NS en cours de service pour clarifier le lien entre EDD et agro-écologie.
  • Gros travail sur l'innovation pédagogique (Rencontres de l'Innvovation : Toulouse 16 et 17 avril)

Conclusion : fierté que l'institution ait permis la tenue d'un séminaire comme celui-là. Ce n'était pas forcément évident et les apports ont été riches. Je ne manquerai pas de rapporter la satisafaction exprimée des partipants. Remerciements aux organisateurs et aux membres du SNA.

Echanges :
Christian Peltier (animateur réseau EDD) : merci d'avoir remis EDD dans la course et important que sorte la circulaire. Ce serait bien que le SNA soit présent à Toulouse (16-17 avril) pour présenter l'approche développée cette semaine.
PA : Ce n'est pas trop tard, les ateliers des Rencontres de l'Innovation sont construits pour être extrêmement participatifs.

Roger Brouet (SupAgro Florac) : pour conduire les 2 formations, réussite parce que collaboration entre ENA/animateurs. Investissement prédominant sur l'entrée pédagogie et exploitations. Nous avons des outils d'accompagnement des équipes à disposition. Place de SD/POFE auprès du comité d'orientation pour proposer.
PA : POFE est représenté au comité d'orientation, il est porteur du discours sur l'innovation dans l'approche pédagogique et l'orientation des contenus vers EPA. Il y a eu une formation des membres de POFE avant les chantiers de réécriture des référentiels, afin que les acteurs soient solides sur les valeurs défendues lors des travaux successifs.
Mise en place du bac pro : à partir du moment où l'AE est en soi une notion controversée (les scientifiques ne sont pas tous d'accord sur une définition), l'entrée par les contenus était discutable, il était plus pertinent d'entrer par les compétences et les méthodes.

Patrick Mignon : cela faisait longtemps qu'on n'avait pas eu une dynamique intéressante en terme de pédagogie. Vous avez peu parlé du travail par discipline. Comment voyez-vous l'introduction de l'AE en transversal dans les référentiels.
Peu parlé du tryptique biologie/écologie/agronomie.
Pas parlé aussi du rôle des DRIF dans le dispositif
Offre de formation qui se renouvelle peu ... Innovation en terme d'offre de formation (gestion des déchets, agri périurbaine ...) ?
PA : je n'ai pas toute légitimité pour répondre aux 2 premiers points (cela relève de l'IEA).
Par contre, le travail de POFE est d'orienter le sens de ce qui se fait, de donner une direction ... d'où le lien avec le travail des DRIF.
Un référentiel doit répondre à une demande sociale (émanant de la société civile)
Grosse difficulté : le rapport à la profession agricole (pas de problème pour l'agronomie renforcée, plus difficile pour biologie/écologie)
L'IEA a pour travail d'étayer les propos de manière scientifique, et POFE se charge de prendre en compte ces justifications scientifiques dans les référentiels.
Rôle des DRIF : élément essentiel ; les DRIF sont les médiateurs sur l'écriture des référentiels professionnels.
Offre de formation : sur les contenus, il y a des évolutions au fil de l'eau, et elles ne sont pas anodines (si on lit bien les notes de cadrage, il existe des outils pour faire). Là où c'est moins évident, c'est la manière dont ce qui existe est diffusé dans les équipes, et quelle réelle conséquence cela a sur les pratiques de terrain.
Demande européenne : faire moins de diplômes, mais plus de certifications adaptables (par exemple, construites à partir de "briques unitaires" sous forme de modules imbriqués qui peuvent être recombinés)

Jérémy Pastourel (DEA St-Flour - Auvergne) : il y peu de temps on a reçu la NS sur la mobilisation des EA. Je me suis interrogé en la lisant ce que je faisait en tant que référent AE ; comment faire pour diffuser tout cela ? Le fait de revenir ici m'a permis de retrouver la motivation. Les échanges d'expérience inter-région ont été vraiment intéressants. Elément fédérateur. Si on veux arriver à maintenir la motivation, il faut reproduire ce genre de moments !
PA : C'est entendu. Une des vertus de cette semaine a été de rassembler les référents.
Concernant la NS (même si POFE n'en est pas l'auteur), certes elle est très orientée EA/AT, et on a entendu toute cette semaine qu'il fallait retrouver de l'équilibre entre EA/AT et pédagogie. Mais tient à souligner que les choses ne sont pas uniquement descendantes, et que s'il y a une vraie mobilisation des équipes, il y a des actions qui peuvent se faire et remonter du terrain.


16) Thierry Langouët : directeur d'EDUTER
Remerciements

Béatrice, Sylvie x2 : très fier du travail réalisé
Nécessité d'organisation, mais aussi de relations humaines et de simplicité.
Résultat d'une belle coopération entre plusieurs établissements (AgroSup , ENA ...)
Pas courant qu'on laisse partir les agents pendant une semaine, ou que les agents eux-mêmes acceptent de le faire : c'est peut-être le signe que l'enjeu est considéré comme suffisamment important, auquel cas cela veut dire qu'on a gagné une première manche.
Il y a un "état d'esprit" dans le groupe !

DGER a autorisé la tenue de ce séminaire (coût de plusieurs dizaines de milliers d'euros), ce qui signifie qu'elle a des priorités assumées.

Merci aux collègues d'Eduter.

Conclusion du point de vue des sciences de l'éducation et de l'ingénierie pédagogique

3 mots-clés ...
dynamique (dynamisant ou dynamitant ??)
coopération
accompagnement = le coeur du travail des référents
... et les questionnements qu'il y a autour !
légitimité
pérennité de l'appui SNA, suites ?

Dans le Soltner (1987), il y avait déjà déjà à peu près tous les contenus. Les contenus sont là ; passer à la mise en oeuvre pédagogique !
L'EA est à un moment important de son histoire.

Les gens avec assez d'ancienneté se rappellent d'autres grands tournants de l'enseignement agricole (ex. BEPA modulaire) : de la même façon aujourd'hui, on n'y croyait pas, on n'était pas convaincu, mais ... on a fini par y arriver.

Désormais, il faut penser l'impensable, il faut réaliser l'irréalisable.

REMERCIEMENTS !